mardi 20 février 2018

Crumpling with a Vengeance

(papier Kraft + MC)

Froisser avec une vengeance... tout un programme. Je dois l'expression à Todd Lenz, lors d'un commentaire concernant ce premier modèle ci-dessous. Permettez moi de vous raconter un peu avec quelles conséquences pour ces sculptures en papier.


Le fait de nommer quelque chose lui donne souvent une existence propre, pour moi c'est manifeste ici. La surprise pour moi vient du fait que cela vaut aussi bien pour les modèles finis que pour ceux à venir. J'aurais dû m'en douter...


J'avais en tête de plier une série de pièces dans cette direction depuis une rencontre avec Victor Cœurjoly et Joao Charrua, même si l'idée a pris son temps pour fructifier. La découverte et l’exploration simultanées du froissage par Joao et moi-même à l‘aide des explications de Victor étaient plus qu'intéressantes, mais le manque de pratique et de technique restait un obstacle. Ce sont les ateliers avec Vincent Floderer et ses conseils qui m‘auront décoincés. Pas que je pense être tout-à-fait au point, de loin en vérité, mais ces modèles me laissent croire que j'ai encore beaucoup de marge.

Beaucoup de marge aussi pour encore réinventer gachepapier, un but permanent. Excusez le petit passage sur le divan (n'ayez pas peur), mais ceci n'est pas tout-à-fait une image. Identifier et nommer cette partie de la personalité liée à une activité artistique a pour moi le même impact que celui de nommer un modèle, les mots et les noms possèdent le pouvoir d'émanciper ce et ceux qu'ils désignent.


La technique du froissage permet d‘extraire un nombre de pointes fines du papier à peu près arbitraire, ce second modèle de la série est un peu un exercice de style le démontrant.


J'espère que l'on apréciera que le nombre de doigts de ce personnage est un nombre premier, minuscule clin d'œil direction Madrid ;)...


Cette troisième pièce de la série est en elle-même une bonne représentation de mon cheminement habituel lorsque je conçoit un modèle quelque peu complexe.

Je pars d'une première idée relativement bien structurée, que l'on retrouve ici dans la partie supérieure, la première tête et les bras sont bien „calculés“, conformes à ce que j'imaginais dès le départ...

Ensuite, cela se complique, je n'ai pas tout calculé, d'abord par fainéantise, ensuite parce que ce n'est pas drôle, mais surtout parce que le résultat me déçoit souvent. Donc place à l'improvisation. Ce qui généralement s'épelle d, é, s, e, s, p, o, i, r. Je passe alors un sale moment, pendant lequel je suis complètement incapable d'imaginer comment me sortir du trou auquel je menace de donner naissance dans ma feuille. Depuis le temps que je plie, je suis plus ou moins habitué à cette phase, c'est donc moins une épreuve, mais il me faut toujours et encore pas mal de temps pour trouver une solution graphique et technique. Donc je découpe tout et je recolle au petit bonheur la chance, merveilleux !


Non, je rigole, c‘est juste pour voir si je vous endors...

Et donc, cette seconde caboche incongrue, issue du centre de la feuille mais montrant son verso, chaotique par son existence même, est plutôt typique de cette seconde partie de mon processus d'invention: l'idée était sous-jacente, mais pas formulée, c'était une solution parmi beaucoup d'autres finalement rejetées, par manque de technique, parce que sa tête ne me revenait pas ou parce que le téléphone a sonné à ce moment-là...


Hormis le côté vengeur de ces personnages de cette série, l'élément qui me tient à cœur c'est le mouvement permis par les drapés issus du froissage, quelque chose de nettement plus compliqué en origami „classique“...


Et donc lorsque „Paperain“ (elle aussi présente aux ateliers de Vincent Floderer et suivant avec nettement plus de facilités que moi) suggère un patineur, c'est une évidence, il n'y a „plus qu'à“ ...

Tous mes remerciements aux personnes mentionnées ici, elles ont réellement participé à la conception et l'inspiration de ces modèles d'une manière ou d'une autre. Je suspecte que je pourrai en dire autant au sujet d'autres pliages à venir.

Vous trouverez d'autres images de ces personnages et mes autres récents méfaits sur ma page instagram.
(Kraft paper)
Crumpling with a vengeance... it's a handful. I owe the expression to Todd Lenz, coined in a comment concerning this first model here. Let me tell you a few things about the impact this had on these paper scultpures.


To name something is quite often a way of releasing it into existence in its own right, which is pretty much what happened here. What took me by surprise though is the fact that this is not only valid for things which are named after the fact, but can also hold true for things to come, as part of their conjuring process is at least influenced by such a name. I should have known.


I had it on my mind to fold this type of model for quite a while, since an encounter with Victor Cœurjoly and Joao Charrua actually. The idea took its time though. After first hints of its birth during the discovery and initial exploration of crumpling with Joao under the guidance of Victor, I kept stumbling upon lack of practice and, more importantly perhaps, technique. Vincent Floderer was kind enough to provide further insights during and after his workshops, certainly not to say I've reached perfection, but in sufficient quantity to know in which directions I could find the room for me to develop more models.
And to develop and reinvent gachepapier, again and again a goal. Bear with me for a short passage on the couch (hey, "bear", not "bare", it's going to be fine), but this is not merely an image to me. Identifying and naming this part of me which has the urge to be a paper folding artist may have the same impact as naming a model, finished or not. Words and names do have this power to emancipate that and those which they define.


The crumpling technique allows one to extract a seemingly arbitrary number of thin points with a lot more ease than the usual ways of folding do. This second model is a bit of an „exercice de style“ which shows it...


Hopefully it will be apreciated that this character has a prime number of fingers (perhaps by someone near Madrid... ;) )


This third piece in the serie is in and of itself a good representation of how I normally proceed when inventing a somewhat more complex model, this is no coincidence.
Starting off with a rather well defined idea for one part of the model, here the top, I can start folding knowing quite exactly which proportions these first parts will have...
From there, things start getting more complicated. I don't compute everything, because I'm a bit lazy, because it's not fun for me, but mostly because I'm usually not satisfied with the result. And so I have to proceed with good old improvisation, which I usually get to spell d, e, s, p, e, r, a, t, i, o, n. It tends to be a rough moment, during which I am wondering how to get out of that hole I just might rip into that sheet of paper. Having been folding for a good while now I am getting used to this and it's less likely to turn me into a nervous wreck, but I still spend a lot of time to find the graphic solution and the technique which will satisfy me. And so I usually cut up things into bits and pieces and simply glue everything into place, it works wonders.


Nah, just kidding, checking whether you're still awake...
And so, this second head born out of the center of the sheet, incongruous, its very existence a chaotic nonsense is quite typical of that second part of my inventing process: the idea was there, but not spelled out. It was one solution out of a whole lot I had to consider but which I ended up rejecting, be it for lack of capability, love or simply because the phone rang and I got distracted...


Back to the serie, apart from its vengeful side, the element which I am fondest of is the movement which the crumpling allow by way of lofty layers, this is much harder to achieve with more classic origami techniques.


And thus, when "Paperain" (who was taking part in Vincent Floderer's workshops with more evident success than me, by far) suggested an iceskater, it just had to happen, the fit was too perfect.

My heartfelt thanks to all the people mentioned here, they all have already had a part in the creation of these models and I suspect in other future ones...

You will find more images of these models (and others I've worked on lately) on my Instagram page.

lundi 28 août 2017

Don Quixote

(carré d'unryu sur peau d'éléphant + MC de 70cm)

Plié sur le thème des héros pour une expo, voici un personnage bien braque comme je les aime... Capable de se battre contre des géants nés de son esprit un peu malade, certes, mais ça me semble héroique quand-même, indépendamment de ses motivations...


Ceci est peut-être une dernière mise à jour de ce blog. Pas que j'arrête de plier, au contraire, mais l'interface de "Blogspot" commence à devenir péniblement dépassée... Si vous désirez suivre mes petits plis, je vous invite à le faire sur Facebook ou sur Instagram , tous les deux devenus nettement plus facile d'utilisation. Et tant qu'on y est, voici aussi un accès direct à ma galerie de photos la plus récente chez Google.
(unryu on elephant hide square + MC - 70cm) Folded on the theme of "Heroes" for an exhibition, here's the sort of crazed character I probably enjoy folding most. To be able to fight giants in your head, irrespectively of your motivations, that seems heroic to me...


This might be one of the last updates of this blog. Not that I no longer fold, quite the contrary actually, but the Blogger interface is getting more and more antiquated. If you care to follow me, you can do so on Facebook or via Instagram , which both have become much less cumbersome to use. While we're at it, you can also access my most recent picture gallery hosted by Google.

samedi 12 novembre 2016

Encéphalopode

(carré de papier soie + MC de 60cm)

J'ai décortiqué et fait dégorger cette idée saugrenue après une discussion de mon précédent modèle d'escargot, dont je ne me souviens plus trop de la base, largement improvisée. Si seulement elle avait pû être aussi simple que la base de l'oiseau de mon dernier atelier, donné lors de la LUO...


La technique du froissage partiellement ouvert me plait bien, même si je n'ai pas encore l'impression de maîtriser cela proprement.


Je vous laisse le soin d'expliquer -ou non- ce modèle, s'il vous plait un petit peu...


(silk paper square + MC - 60cm)

I've cooked up this idea after discussing my previous snail model, the rough base of which I couldn't remember at all when asked. If only it had been as simple as the bird base of my workshop at the LUO convention...


Opening crumpled paper is quite a fun way to fold, though I don't have the feeling that I'm anywhere close to mastery.


I'll leave it to you to think about this model and its meaning, should you care to do so.



jeudi 3 novembre 2016

Quelques feuilles

(feuilles d'automne + MC)

Une créature ou un visage dans chaque feuille...


Le support matériel est aussi joli que limitatif, c'est tout kitsch et je n'ai pas résisté.


(autumn leaves + MC)

A creature or a face in every surface...


The material support is as pretty as limiting, it's kitsch and I just couldn't resist.



mercredi 24 août 2016

Strange Conversations with a Skinny Dragon

(rectangle de papier soie + MC de 60cm x 80cm)

Il y a deux ans, l'atelier de Victor Coeurjoly à Lyon m'a fait forte impression, autant pour les techniques démontrées que pour le recul et la maturité dont fait preuve cet artiste.


Il n'y a pas beaucoup de modèles de monstres en froissage, encore moins en volumes partiellement ouverts. Même les créations figuratives de Victor (pas monstrueuses du tout, elles) sont généralement complètement fermées, tandis que les modèles ouverts ciblent généralement des sujets végétaux ou abstraits.


Je pense élargir mon bestiaire fantasque à l'aide de cette technique ces prochains temps, les possibiltés de modelage ont des contraintes différentes, mais ouvrent aussi toutes sortes de nouvelles perspectives. A titre d'exemple, ici la formation des yeux nécessite des pointes plutôt que des volumes, qui produisent des surfaces trop difficiles à lire, les ombres produites étant avalées par les autres parties du modèle - ce qui passe pour les narines ne fonctionnait pas du tout avec les yeux.
(silk paper rectangle + MC - 60cm x 80cm)

Two years ago in Lyon, Victor Coeurjoly's workshop coloured me impressed, as much for the technique which was shown as for the maturity this artist already displays.


There aren't many crumpled monster models, and even fewer with partially open volumes such as this one. Even the figurative creations of Victor (which are anything but monstrous) are generally closed; the open models are usually vegetal or organic abstractions.


I think I'll expand my bestiary with this technique in the near future, it offers both new constraints and possibilities for modelling. As an example, the eyes of this model here required thin points instead of the open volumes I'd first contemplated (much as for the nostrils) because the shadows didn't provide the necessary depth, the contrast with the rest of the head was simply too low.

mardi 23 août 2016

Good Old Moon Boy

(carré de lokta sur papier aquarelle + acrylique de 25cm)

Un ami tenant Lawrence en main me faisait remarquer qu'il avait une structure de lune. Voici ma réponse :



Briser la symétrie axiale de ce masque est un exercice subtil. Certains traits exigent une contrepartie presque exacte, comme ceux des joues, d'autres nécessitent au contraire des solutions divergentes, comme les commissures des lèvres.
(lokta on aquarelle paper square + acrylic - 25cm)



A friend holding Lawrence in his hand remarked he has a moon shape. Here's my response :



To break the axial symetry of such a mask is subtler exercise than may be apparent at first. Some features require to be almost identical on both sides, such as the lines defining cheeks, while others demand different solutions, such as the corners of the mouth.

samedi 2 juillet 2016

Ondin

(carré de Canson + acrylique de 40cm)

Parfois c'est la feuille qui dicte le modèle - comme ici :


C'est à la fois un peu frustrant et un peu magique, à partir d'un manque de maîtrise une idée mène à une autre. Cette feuille a beacuoup souffert, le menton comprenait toutes sortes de fioritures formant presque une queue de poisson qui, prises seules, étaient assez jolies, mais qui finalement alourdissaient considérablement un visage déjà ambigu dans son expression - je les ai donc complètement éliminées, pour le mieux je crois.
(Canson square + acrylic - 40cm)

Sometimes, it's the sheet which dicates what's to become of a model - as for this mask :


It' a strange mixture of quasi-frustration and magic in the end, on the foundation of a lack of mastery, one idea leads to the next... That sheet went through an age of pain, in particular the chin, which had all sorts of decorative fishtail-like gimmicks, which were nice on their own, but were considerably weighing onto an already ambigious expression - so I just folded them away, for the better I think.

dimanche 12 juin 2016

Ein bisschen jeck

(carré de papier aquarelle + acrylique de 27cm)

Sur la même base que le précédent, inspiré d'un bonhomme vu lors d'une fête "médiévale" à Entrevaux en France...


Comme souvent, j'ai traité le papier avec une couche brute d'acrylique avant le pliage et ensuite relevé ses traits une fois sa forme stabilisée. C'est du travail autour du nez que je suis le plus content, ce sont une fois de plus les lignes qui dominent, alors que les volumes n'ont que peu en commun avec l'anatomie.


Le "Jeck" est quelqu'un d'un peu bargeot ou simple, volontairement ou non, le temps d'un carnaval ou bien toute une vie. Ou encore quelqu'un dont ce serait le 250ème blogpost...
(aquarelle square + acrylic - 27cm)

Using the same base as for the previous model, this guy was inspired by a "geek" (in the older sense) seen a few years ago on one of those "medieval markets" that pop up here and there in France for a day or two :


As often, I've first given the paper a rough acrylic paint treatment and enhanced that with lighter tones over the salient features after its shape was settled. It's the nose which I'm happiest with, once more the dominance of the lines over volume is obvious, I think.


250 posts on this blog of mine, some might call that "jeck"...

dimanche 5 juin 2016

No, seriously

(carré de Canson + acrylique de 27cm)

Le pliage de masques est souvent décrit comme le modelage d'une feuille comprenant quelques plis préparatoires, mais je préfère parler de propagation de défauts. Ici, on ne retrouve que deux "crimps" pour former les paupières et un enfoncement pour former le nez, tout le reste en découle (non, pas du nez) :


En termes mathématiques, en se confinant à un plan de projection donné, les défauts peuvent être propagés à peu près dans toutes les directions, mais on doit alors compter avec des volumes qui sont irréalistes (voyez ci-dessous). La clé d'un bon masque en origami est peut-être alors de savoir choisir à quelles lignes et à quels volumes accorder de l'importance, sachant que les deux se contraignent mutuellement, tout en profitant du fait que l'oeil accorde vraisemblablement plus d'importance aux lignes.


Bien entendu, on peut se rapprocher indéfiniment d'un modèle aux volumes réalistes, mais c'est alors au prix d'une multiplication de lignes parasites, ce qui semble aller à l'encontre d'un idéal de pliage, souvent qualifié d'"élègance".
(Canson square + acrylic - 27cm)

The process of folding masks is often described as being the modelling of a sheet with a few preparatory creases, but I prefer to visualise this process in terms of propagation of faults. Here, there are but two crimps which form the basis of the eyelids and a sink so as to shape the nose, the rest follows :


In mathematical terms, confining oneself to a given projection plane, the faults can be propagated virtually in all directions, but at the price of volumes which will generally not be realistic (see below). The key to a good origmami mask may then lie in the choices between the lines and volumes (knowing they dictate constraints for each other), though I am quite sure that the eye attaches more importance to the lines at first.


Of course, one can define volumes which are arbitrary close to reality, but this then will likely make parasitic lines proliferate, which seems to go against one of the ideals of origami, often coined "elegance".

samedi 28 mai 2016

« For we have lost the Entwives, you see... »

(rectangle de peau d'éléphnat + acrylique de 140cm x 70cm)

Je ne pensais pas replier un Ent si proche du dernier, mais mes deux premiers sont en voyage pour un bon moment et une autre opportunité de participer à une exposition se présente.


J'ai donc repris la base de « Sylvebarbe » et après quelques modifications, pour pouvoir l'articuler au niveau des genous et des coudes surtout, c'était parti.


Le modèle est un petit peu difficile à lire sur ces photos, mais le personnage est sensé se fondre aisément dans la forêt, un Ent, c'est virtuellement un camouflage ambulant.
(elephant hide rectangle + acrylic - 140cm x 70cm)

I didn't have it in mind to fold an Ent so close to the last I did, but my first two are a long way from home and another opportunity to take part in an exhibition has come up.


So I started with the base of « Treebeard » and modified it so as to give it more freedom around the knees and elbows, and there I go.


The model might be a little harder to decipher on these pictures (I'm totally not a photographer), but the character is supposed to blend into a forest after all, Ents seem to me to be experts at camouflage.